Mes amis les forumistes,et si je me permettais de defier amicalement votre culture en vous disant: c'est quoi, Koranje? Ne le prenez surtout pas ,a quelque lettre pres, pour une marque de televiseur venu de l'ex Yougoslavie de Tito.Ca serait ,comme disait La Fontaine, prendre Vaugirard pour Rome. Par contre vous avez, sans doute, tous ,entendu parler de Tabelbala, cette Oasis situee en plein milieu de nulle part, dans notre vaste desert, quelque part, entre Bechar et Tindouf et que les non evenements, au fil des temps qui ne se defilent pas, ont reduit a une espece de point geodesique qui somnole dans le calme aussi bien orogenique que civilisationnel qui la place dans cette categorie de contrees ou il ne se passe rien.Dans les annees 90,je me suis rapproche d'elle ,mais sans jamais l'atteindre,parce que ,pour moi, c'etait une oasis comme toutes les autres ,donc inutilement trop loin.Puisque j'etais dans la region de Kerzaz,une curiosite insolite m'avait incite a me rendre a Beni Abbes, d'abord celebre pour ses belles brunettes ensuite,pour cette plante verte bien particuliere qui poussait partout dans l'Oasis et qu'on appelait el habbala (celle qui rend fou).Elle se consomme comme du the.Consommee moderemment,elle provoque chez son consommateur un fou rire qui le laisse rire comme un fou pendant une periode qui peut durer une journee.Consommee en overdose, elle peut provoquer la folie.D'ou son nom.
L'oasis de Beni Abbes etait d'une beaute splendide.Situee en plein milieu du Grand Erg occidental, elle offrait une vue sur un paysage unique en son genre.Une belle palmeraie toute verte qui s'accroche en toute elegance a un paysage dunaire plein d'eclat mais sans vie, qui s'etend a perte de vue comme un ocean de quartz a faire rever les industriels de la Silicon Valley (Vallee du Silicium),en Californie.Un contraste de couleurs en vert et or qui symbolise la vie et la richesse.On se croirait dans un autre monde, mais, dans les rues, la vie artificielle nous rappelle a l'ordre via quelques slogans creux genre... min echaab wa ila echaab (par le peuple et pour le peuple) ecrits sur quelque facade des murs de la mairie ou de la Kasma que le baathisme est toujours la pour regler , a sa convenance, les habitudes locales.Ici, au fin fond du desert, nous avons conquis des terres, semblent se dire ces hommes qui nous gouvernent et qui font tout pour faire remonter leur origine jusqu'a l'Arabie pour puiser leur argument de superiorite de la Sainte Meque ou parait-il , existe , comme disait Nabil Fares, une quelconque pierre noire.
L'idee d'une Oasis comme toutes les autres, habitee par des algeriens qui repondent aux normes de l'algerianite baathiste se reposait en paix dans ma tete comme un cadavre certain.Pas le moindre algerien, historien ,voyageur ou intelectuel ne m'avait parle des particularismes de cette oasis de Tabelbala pourtant bien singuliere par le fait que ses 8000 habitants parlent un langage unique au monde:Le koranje.La ville de Tabelbala consiste principalement en 2 ksars : Ksar Kora et Ksar Ifrenio .Un troisieme ksar de moindre importance est le ksar Yami.Les baathistes du pouvoir qui travaillent , au mepris de toutes les cultures locales, a la gloire du monde arabe , ont eu comme top souci d'arabiser les noms de ces 3 ksars.Ainsi , les 3 ksars de l'Oasis deviennent respectivement Ksar Sidi Zekri, Ksar Cheraia et ksar Sidi Makhlouf.
Ces renseignements sur cette ile ,je les ai recus ,un peu curieusement, d'une americaine que j'ai rencontree accidentellement au debut de notre troisieme millenaire.Aux alentours de la soixantaine,blonde aux yeux bleus,elle remplissait parfaitement bien les criteres de definition supremaciste de la race aryenne.Avec une excitation inatendue ,elle avait qualifie sa rencontre avec moi de premiere rencontre avec un berbere depuis 1956.C'etait l'annee ou elle s'etait rendue en aventuriere en Kabylie en guerre, en compagnie de son mari a la recherche de l'originalite et de la paix en l'homme.
Quelle mouche l'avait-elle piquee ,elle, la bien nourrie de San Francisco pour aller faire un voyage dans le temps, dans notre Kabylie de tous les archaismes? C'est la dimmension temporelle qui l'avait attiree, sans doute. Et quoi d'autre? Qu'est-ce qu'elle avait a me raconter de ce peuple qui vivait au jour le jour? Quel genre de message, notre colonisabilite qui nous caracterise au plus haut point, peut-elle transmettre a l'Amerique? C'etait curieux de savoir, de quelle facon, nos paysans qui ne doivent leur existence qu'a un recul sur les terres non convoitees, comme des corbeaux sur nos montagnes perches, qui ont de tout temps perdu leur fromage de l'histoire aux renards de la vallee, peuvent-ils interesser une citoyenne de l'Amerique des stellites et des robots?
J'etais tres etonne de l'entendre parler autrement de ce peuple kabyle comme d'un peuple tres brave et tres fascinant et d'un sens de l'hospitalite unique au monde, qui a su relier, au fil des temps, la terre et le sang via les chemins qui montent vers les collines inoubliables.Un peuple blanc, plutot pale qui n'a jamais agresse personne ni pratique de l'esclavage. L'histoire du futur devra rendre a ce peuple un grand hommage pour son stoicisme et sa tranquilite. Il avait des valeurs humaines certaines qui ne lui permettaient pas d'agresser ou de se preparer a l'aggression.
Je me suis dit que c'est le syndrome des gens presses de San Francisco qui l'a poussee a admirer les choses de l'autre cote de la barriere. J'ai tout de suite vu, en elle, un prototype de pensee d'une adolescente de la bourgeoise blanche americaine qui a ete profondemment affectee par la revolution beatnick des annees 50 et qui a du manifester aux cotes de Jack Kerouac et d'Allen Ginsberg pour dennoncer ce qu'ils avaient appelle la mecanisation deshumanisante de la culture americaine. Ce qui devait, quelque part, expliquer son admiration pour une Kabylie, a la Diogene de Lycarce, coincee quelque part dans les reliefs topologiques de l'espace-temps.C'etait la Kabylie d'une epoque ou le dos d'ane n'avait rien a voir avec la chaussee.C'etait une kabylie ou l'on buvait de ses mains nues de ces fontaines incertaines qui delivraient goutte-a-goutte une eau sans protocole qu'on croyait fraiche et limpide. C'etait aussi l'epoque ou nos globules blancs faisaient bon menage avec les microbes.
Elle et son mari dont elle etait folle amoureuse, munis de sacs-au-dos devaient se deplacer en auto-stop pour rendre le voyage plus sensationnel,parfois dans la benne des camions en plein milieu des chevres et des moutons,facon de se faconner quoi raconter a ses enfants disait-elle.Un voyage en plein milieu des valeurs humaines non alterees par l'obsession materielle.Elle se souvient toujours de ce delicieux plat qu'on appelle le couscous, de "ce tourne-oufane" qu'on appelle la galette et de ce lait qui lui venait directement de la mamelle d'une chevre.Elle avait visite tous les villages de la haute Kabylie les plus rustiques , elle a fini par aboutir quelque part du cote de Sidi Aich.
"En s'approchant de Bougie, la presence francaise commencait de plus en plus a se faire sentir,des convois militaires et leurs machines a tuer massivement l'homme au nom de la civilisation se rencontraient a mesure qu'on s'approchait de Bougie. on a , alors, decide, devant ces horreurs de rebrousser chemin et de mettre fin a ce que je considere de toutes mes forces comme le voyage le plus fascinant de ma vie", a-t-elle affirme. "On avait programme,pour la mi soixante-dix , mon mari et moi de retourner en Kabylie pour voir comment ses hommes vivent leur independance mais le destin en a decide autrement. Mon mari , toujours a la conquete des sensations fortes avait pris la decision de participer au tour du monde a la voile.Son espoir s'etait etteint quelque part du cote de Cap-De-Bonne Esperance.Pris dans une violente tempete, il a du perdre le controle de son voilier et englouti par le dechainement des vagues engloutissant ainsi, en moi, l'espoir de le revoir. Effectivement, je ne l'ai plus revu depuis.C'est en prenant des cours a UCLA sur les cultures en peril que j'ai appris l'histoire des berberes et ces petites notions d'histoire que je venais de te raconter sur Tabelbala, une Oasis que j'aimerais bien visiter avant de mourir", avait-elle ajoute.
Ayant entendu, dernierement, qu'il y'avait des emeutes a Tabelbala pour problemes lies, comme souvent, a une suspectable distribution de logements, l'idee qui etait stockee quelque part dans l'equivalent biologique de mon disque dur, m'etait revenue aussitot pour ecrire ce recit sur cette oasis de Tabalbala qui, il y' avait 6 ans m'avait ete contee pour la premiere fois par une americaine.
Aujourd'hui, "thebbalbal a Tabalbala" (Tabelbala s'enflamme) aurait ete le titre le plus approprie, en Kabyle, pour rendre plus mnemonique le nom pas facile a retenir de cette singuliere Oasis.Une oasis qui parle Koranje, un langage qui est appele a disparaitre comme l'aurait voulu le courant baathiste au pouvoir, au nom de l'Empire uniformise par l'usage exclusif de la langue du paradis qui serait, aussi , par consequent, la langue de l'enfer.










