cet article est écrit par Kadou ( A Joinville-Le Pont) sur le phénomène de l immigration et le cas du clandestin. Kadou a fini l'écriture d'un recueil de nouvelles, qui retracent sa vie entre Aokas et Joinville-le Pont. Il est à la recherche d'un éditeur.
UN CLANDESTIN
Un clandestin est un être vivant; c'est certain.
En revanche, il n'est humain que s'il l'est de par son humanité... De part, ce que, lui seul, sait.
ça! il a tout intérêt à le savoir. Si tel est le cas, veiller à ses soins.
Ceci étant son seul espace de vie,... Son ultime repère. Son trophée!
Se savoir considéré, tout à fait, entier pour les autres, ne le réjouit en rien.
Il est trop bien placé pour ignorer ce qu'il adviendrait de ce confort virtuel, si jamais, il venait à décliner son identité. Pour être plus précis... sa non identité!
Ne pas avoir à le faire du tout le soulage... Le protège.
Son emploi du temps s'improvise sous la dictée de toutes les circonstances du monde.
Soumis à toutes libertés, il n'existe pas.
Lui-même, ne pèse sur aucune décision; aucun rouage de la vie qui déroule sous ses yeux ne le concerne, il n'existe pas non plus.
Les seuls concernés, sont les êtres à part entière; les êtres humains, confirmés de leur avis comme de celui de tous les regards.
Il sait qu'il n'en fera jamais partie.
ça! ça ne le concerne pas non plus.
Tout est décidé pour lui.
Il est concerné d'être informé que rien ne le concerne, en fait.
Cependant, à son actif, un certain nombre de voyages; il en parle de temps en temps à ses semblables... D'autres clandestins.
L'accès aux personnes de la société normale est hors de portée. Ils sont suffisamment éveillés pour ne pas la leur faire... Leur raconter une vie qu'ils ne voient pas,... Encore moins de cet oeil.
Mais, il ne s'en préoccupe pas; loin de là .
Il est trop sûr d'avoir fait le bon choix. Le choix d'avoir emprunté un radeau pour échapper au pire... Le pire que son seul acharnement à demeurer là ne dément pas.
Il se contente de ce que la vie lui donne.
Ne peuvent l'écouter et comprendre que les siens;ceux qui sont dans le même état que lui.
Même ceux qui sont passés par là ne veulent plus en entendre parler.
En attendant, donc, la venue miraculeuse d'un statut à se mettre sous la dent, il donne libre court à la narration sur ses voyages.
... Il en parle fièrement.
Dix neuf voyages. Tous consommés entre son pays d'origine et là où il se trouve... Pour dire s'il en veut!
Il est si fier qu'il en relate le moindre détail.
Le dix neuvième reste, tout de même, son préféré.
Il l'a amené là où il est. C'est génial!
D'autres n'ont pas eu cette chance; se dit-il, parfois, pour se remonter le moral.
Moral qui ne remontera pas pour autant.
Ses collègues savent tout de lui, sauf, bien entendu, ce qu'il n'a pas avoué.
Sans doute, pour éviter d' heurter des sensibilités au sein de la communauté clandestine, comme de réveiller le démon qui les a rapprochés, il leur a caché que quelque chose de lié à ces voyages mêmes lui causaient un trouble perpétuel.
Leur nombre.
Leur nombre; seul indicateur de la continuité, ou non, de son espérance à demeurer sur cette terre qui ne veut pas de lui.
Ses chances à lui faire changer d'avis, synonyme d'un avenir meilleur sont intacts; encore faut-il que le nombre de ses voyages restent un chiffre impair.
Rien d'autre ne saura aussi bien prouver qu'il est encore là .
Arrondi, ce nombre comptera un de plus à son compteur. Il connait déjà la destination.
C'est le chiffre de tous les espoirs et de toutes les frayeurs.
Un chiffre, à lui seul, gère sa vie.
Il ne hait pas la parité, loin de là ... Si ce n'est quand il s'agit du nombre de ses voyages.
Il le préfère impair.
A cet éffet, il a même inventé une prière: "oh Dieu! prête longue vie à l'impair."
... Il ne sait plus ce qu'il dit!





