Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Tous ces mots qui bourdonnent au fond de votre crâne, vos réflexions, vos pensées, etc. SOUPIREZ ici!

Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Nouveau messagede Rachid le 22 Aoû 2008, 17:19

Salut les gars.

Il était une fois dans ce continent qui est le mien, sous le caroubier de Bouaza, assis , une cigarette à la main, je meditais, au gré de la fumée, sur un fond de murmure des eaux des riviéres temporaires environnantes, sur une Amérique lointaine, voir inaccessible."White Limousine" qui était pour moi une sorte de "Song From Heaven" deviendra-t-elle, en l' éspace d'un voyage, à la portée de mes fesses? De cette éspéce de mirador, je regardais l' horizon: Pas la moindre lueur à pérte de vue.Pour moi,le bonheur, c'est sur qu'il est ailleurs.

Il y' avait, autour de moi, dans les champs, autant de couleurs que dans la lumiére décomposée par le prisme du Dark Side of the Moon. Les couleurs exotiques des oiseaux et des papillons melées à celles locales des fleurs, faisaient de ce dernier printemps de mes 30 ans , un printemps à part. Le printemps de mon départ.Celui qui portait l' empreinte ultime du cri de ma naissance, sans proies ni prédateurs.Un printemps que je ne pourrai trouver nulle part ailleurs. L' abondance de biens ne nuit pas, abondant etait le nectar. Les bituneuses n' avaient aucune raison de rater leur miel, il y' avait assez de moucherons pour que les guepes ne se melent. Enfin,Il y' avait de tout pour réussir une gelée royale plus douce que l' ambroisie.

En plein milieu de ce printemps qui a tout fait fleurir, j' entendais chanter la naive Zartati qui, à l' inverse de la maline Fatma Kahliche, la femelle de Moussa Kahliche, n' a jamais bien su cacher son nid. "Arbi3 Yassad Agarthil" (le printemps a étalé le tapis), etait l' expression poétique la plus appropriée pour décrire un printemps en telle extase. C' est, honorablement, le titre d'un poéme écrit par notre Mohand Oulhoucine à l' époque ou chacun de nous était un improductif bérger de sa vache unique du coté de Tiboura.
Ma pensée qui s' était mélée au décor, s' est soudainement heurtée à Madani Amer et Cherif Messadia, 2 sentinelles de l' apocalypse algerien qui étaient pour moi une sorte de barriére psychologique pour un bonheur en Algerie. Ma terre malchanseuse, me suis-je dit, ne pouvait pas enfanter plus mal.L' Algérie comme une orpheline qui n'a jamais connu l' affection d'un pére, a prouve par le FIS qu' elle a perdu le saint ésprit. Vas ma terre au syndrome de l'Afrique ne pensons plus qu' à l' Amerique ! Avais-je rime dans une sorte de déséspoir tranquille.

Mais maintenant cher ami,tu emprunteras à ma place les chemins qui montent vers ma colline oubliee, tu salueras de ma part mon arbre préféré et tu lui diras de bien vouloir veiller à ce que les étés et les glaces ne fassent pas, de mon patelin, disparaitre mes traces.Qu' au regard de son partant, notre patelin était si beau.
Si l'exil le permet bien, j'ecrirai un jour en lettres d' or, quelque part, je saurai où, ces 2 terribles vers de La Martine:

Pretez-moi, seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d' un jour pour attendre la mort.


NB: Cette lettre, je l'avais ecrite aux environs de l'an 2000 dans des conditions nostalgico-romantiques bien particulieres. Je l'ai publiee pour la premiere fois à l'epoque ou les 2 forums Aokas n' en faisaient qu' un seul. Comme il y' a dans ce forum des amis comme Idurar qui disent aimer mon "lyrisme" ,je la re-publie pour eux, à l' initiative d' Ighinder.
J'etais très étonné de l'entendre parler autrement de ce peuple kabyle comme d'un peuple très brave et très fascinant et d'un sens de l'hospitalité unique au monde, qui a su relier, au fil des temps, la terre et le sang via les chemins qui montent vers les collines inoubliables.
Extrait de: et-si-on-parlait-koranje-t1253.html
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Rachid
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Re: Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Nouveau messagede Aokas le 25 Aoû 2008, 16:55

C'est pas une lettre mon cher Rachid, «c'est une bombe».
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Re: Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Nouveau messagede iGhinder le 26 Aoû 2008, 00:54

Pour reprendre un bout de mon commentaire que j'ai fait il y a 4 ans sur la même lettre: «Wa....h ya Dda Akli theghit-iyi!», dit, un jour, Yiwen i w'Akli Yahyaten g l'Hôtel du Cap lors d'1 soirée.
Merci Rachid de l'avoir republiée après un peu plus de 4 ans de sa 1ère apparition sur le web aokassien (notre 1er forum aokas.forumactif.com), après 8 ans de sa rédaction et après tout ce temps loin de ce printemps du pays de Mohand le poète. Le temps file comme un éclaire... Je trouve encore ta lettre aussi splendide que le printemps que t'as décrit, non seulement pour sa charge romantique et sentimentale exceptionnelle mais aussi pour la façon avec laquelle t'as tricoté tes souvenirs: le romantisme, la nostalgie, la conjoucture politique de ce temps-là... se retrouvent dans un dosage harmonieux (j'aime particulièrement ta non ste trinité et les liens aux titres de chansons célèbres), on dirait presque la Nature elle-même qui écrit; d'une autre façon, on dirait que c'est l'un des anciens poèmes d'Ait Menguellet - Ay Avridh 'tsun medden... (((Souhaitons à cette belle terre de retrouver son st esprit. Amen!)))
iGhinder
 

Re: Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Nouveau messagede Idurar le 28 Aoû 2008, 13:59

Azul

Merci ; Rachid; pour cette nouvelle publication de ta belle lettre. Une lettre écrite avec beaucoup d'amour et de lyrisme pour ce pays si cher à ton coeur dans une évocation poétique d'un paysage toute chargée de méditations Le royaume est t il pour toi à ce point perdu à jamais?
Mais jusqu'à 30 ans ; je crois ; on a assez joui des paysages et des printemps de son pays pour pouvoir s'en séparer.
Loin du pays ; des parfums de fleurs, et des campagnes gorgées de lumière ; le souvenir du caroubier doit aider à vivre et à retrouver sa mesure profonde.
Quand on a emporté tant de soleil avec soi ; l’exil n'est pas si lourd à porter pour le coeur.
« … au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été. » disait un célèbre auteur.
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Re: Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Nouveau messagede Gwas le 28 Aoû 2008, 14:55

Eh bien! Cher ami. Qu'en dire? Je crois que tes mots étaient à la hauteur de ta douleur. Ils disent vrai et traduisent magiquement. Qu'est ce que, pourtant, c'est ardu de mettre un mot à son sentiment! Toi, Rachid, tu as su emprunter le chemin menant jusque dans la véracité du mot; pour dire, dis-tu, un moment comme un autre; un moment que tu appelles nostalgico-romantique. Je crois que l'exil de beaucoup d'algériens a fait dire à la littérature universelle l'une de ses plus belles pages. Ailleurs, dans le lointain ailleurs, les vallons de notre enfance, les collines escarpées, les sentiers tortueux et bien d'autres paysages témoins de notre enfance insoucieuse nous parviennent en tendres poèmes. J'ai vu dans ce texte, Rachid, le caroubier cordé de ton enfance. Une personne en somme; une personne douce et bienveillante. J'ai vu tes sentiers d'Ichabannen qui s'en allaient allègrement atteindre les cimes, les printemps qui danse et bruit dans le feuillage, une herbe drue qui défait les nœuds des pensées, un vent chevauchant les maisonnées... Le bonheur est dans le pré, dit le film français. Fallait-il pourtant que tu partes pour que tu le saches? Paradoxe existentiel. Les choses deviennent plus belles lorsqu'elles stationnent dans la mémoire, lorsque elles accostent en souvenirs: échos lointains provenant escomptés de l'espace lointain dans le temps; lorsque longtemps après, autour d'un quelque verre, on se met à égrener le temps, à le faire revivre, des bribes émanant de partout, une larme timide grossissant au coin de l'œil... là, on se dit, que quand même, on était heureux, ou mieux, on ne pouvait être que heureux... Et effectivement, lorsque je regarde parfois La petite maison dans la prairie, je me dis que Michael Landon, le réalisateur, parle de nous. J'en suis presque convaincu. Nous avons tout pour être heureux, il manquerait juste que notre Algérie devienne à nouveau Algérienne, juste Algérienne. Sans ses fossoyeurs...
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Re: Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Nouveau messagede Arouhani le 29 Aoû 2008, 22:20

Oh!combien étaient beaux les printemps de notre enfance!hélas les choses ne sont plus les mémes;le caroubier de bouaza est orphelin,le sentier de tiboura est abondonné,les frénes millénaires n'alimentent plus saisonnierement nos maigres animaux,les oliviers majestueux d'ighelmimen ont disparus,tamda n'boureman s'est asséchée,agni n'tazart ne rayonne plus,nos vieux excellents narrateurs à la replique souvent foudroyante ont disparus les uns aprés les autres,ezzerd,el hedra;le couscous au chevreau en offrande a sidi jaber ou sidi m'hend oumessaoud c'est fini.......et mohand oulhocine rime de moins en moins
Peut étre ya rachid les cieux on exaucés le réve de ton trentiéme printemps(el maricane,limousine...etc) le caroubier de bouaza a certainement intercédé pour toi,mais si les élans nostalgiques te font souvent souffrir sache alors que la nature de ton enfance dans son immence générosité te réserve toutes les beautés des printemps à venir.un chevreau pour sidi jaber et les choses rentreront dans l'ordre.
oh!ton texte a remué en nous tant de souvenirs de notre enfance ;moi je n'arrive plus à les ordonner ah!ce sacré caroubier;tikermout et erha n'boujemaa a aliouéne juste en face,ce vieux transitor ou l'attente du quart d'heure kabyle de radio paris nous faisait frémir à partir de 19 heures, nous acompagnons tous ensmble le répertoire de slimane azem.moussa kahliche,les pigeons de bouremane,tassiwent ,cette ennemie jurée de nos vieilles pour les dégats qu'elle fait chez leurs petits poussins,l'hadj bouras fier et solitaire,nos bels anes doublement utiles;domestiquement et sextuellement.
Le caroubier de bouaza ne réunit plus personne,il est orphelin et solitaire,triste pour l'illusion de modernité envahissante et le mélange des saisons
"Si Dieu devait apparaître aux affamés, il n'oserait leur apparaître que sous forme de nourriture."
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Re: Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Nouveau messagede Rachid le 06 Sep 2008, 09:05

Salut les gars

A ya da Kli Thanghitiyi (Mon cher Akli ,tu m'as tue),etait, effectivement, la fameuse phrase qu' avait l'habitute de prononcer le feu Diboune Slimane, ivre de vin et de reves brises, en tombant en disgrace devant la guitare et la voix de son chanteur prefere Akli Ahyatene. C'etait a l'hotel du Cap dans les annees 70.
Mon cher Arouhani ,je ne croyais pas que les gens des marecages etaient succeptibles de tant de romantisme.Ta reponse aurait ete une bonne continuite a ma lettre et de fort belle maniere. Ta lettre est une sorte de bruit de fond venu du fin fond de la pierre angulaire de notre personalite.A chaque fois qu'on veut lui etre sourd , il nous perce les oreilles , a chaque fois qu'on le chasse il nous revient au galop.La loi de l'equilibre stable ,veut que tout corps ecarte de sa position d' equilibre, tende a revenir a sa position initiale.
Enfin Gwas,si jamais, en un temps de remue-meninges, il me prenait, soudain ,l'envie de rassembler mes efforts pour parvenir a ecrire un livre, je te choisirai, sans le moindre doute a ecrire la preface.
J'etais très étonné de l'entendre parler autrement de ce peuple kabyle comme d'un peuple très brave et très fascinant et d'un sens de l'hospitalité unique au monde, qui a su relier, au fil des temps, la terre et le sang via les chemins qui montent vers les collines inoubliables.
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Re: Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Nouveau messagede Ahlellu le 15 Oct 2008, 00:04

D'un coté, le pays de Mohand se khomaynise de plus en plus. De l'autre, plus de Yahyaten au Cap, que des putes. On a le choix entre deux extrêmes: la débauche à outrance ou l'islamisme. On a perdu l'équilibre a dadda Rachid.
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Re: Lettre A Un Ami: Le Dernier Printemps De Mes 30 Ans

Nouveau messagede Rachid le 07 Nov 2008, 17:48

Salut les gars

Si ton constat est vrai,mon cher Ahlellu, Mohand Oulhoucine ,serieux qu'il est ,devrait avoir perdu son latin. Ou peut-etre,Il y'a plutot matiere a reflexion pour mieux aiguiser sa plume.
L'hotel du cap.Dans les annees 60, ceux qui se souviennent, relatent avec une certaine nostalgie cette epoque ou Enrico Macias chantait sur la terrasse et, qu'en bas, au stade, sous le ciel africain dansaient, au rythme de la melodie, des francaises aquises au bon air de la brise de mer.C'etait l'epoque ou la tenue etait exigee, autrement dit, dress to impress.
Dans les annees 70, c'est l'epoque d'Akli yahyatene et de Diboune Slimane.Une gestion a la francaise et une ambiance a l'algerienne.
Les annees 80, c'etait l'epoque de Malika,cette fausse blonde bien munie aux bons endroits et qui s'exposait sans concurrence dans un paysage masculin en quete de romance. Elle passait professionnellement de table en table alors que la bierre coulait a flot.Dans l'obscurite du bar, quelqu'un, s'inspirant de Joe Dassin, lui lanca:Et si tu n'existais pas dis-moi comment veux-tu que je baiserais.Que Joe Dassin me pardonne qu'elle est ma seule source charnelle dans mon implacable desert sexuel.Je lui dois toute ma delivrance dans cet etat de feu qui me devore, que dieu lui reserve une place de choix dans son vaste paradis,a-t-il ajoute.Amen! Replica l'assistance dans le meme etat que lui. C'etait l'epoque ou la communaute des buveurs adoptait le slogan suivant :" Quoique en dise Aristote et sa docte banale,le vin est divin il n'est rien qui l'egale".C'etait bien avant que le gene integriste ne soit active par la chute du baril. C'etait l'epoque ou le livre les Robaiyates (quatrains pour Kabyliste) de Omar Khayyam etait vendu pour la premiere fois en Algerie.C'etait l'epoque ou le livre d'Abu Nouas a ete traduit pour la premiere fois en francais sous le titre "La Vie, Le Vin et Le Vent". Apres ca, on a casse de la vigne et tue des vignerons. Il n'est reste que les vautours sur les cimes et les voyous dans l'abime.Entre les 2 c'est le vide.
J'etais très étonné de l'entendre parler autrement de ce peuple kabyle comme d'un peuple très brave et très fascinant et d'un sens de l'hospitalité unique au monde, qui a su relier, au fil des temps, la terre et le sang via les chemins qui montent vers les collines inoubliables.
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